Philippe Compagnon, Abstractions faites

Posted: iunie 16, 2009 in Texte in "Paris-art"

Par Silvia Cazacu

27 nov. – 22 déc. 2001, Paris. Galerie Bernard Jordan

Une série de tableaux abstraits, en aplats, géométriquement structurés, aux couleurs violentes, acidulées. Sa construction et sa combinatoire confèrent à cette peinture la force d’affirmer la possibilité de dépasser le désordre, la confusion, le chaos quotidiens.

Une série de peintures sans titres. Des aplats, géométriquement structurés, aux couleurs violentes, acidulées. Construction et combinatoire, objectivisation et déréalisation donnent aux œuvres une présence forte dans l’espace. Une présence plastique totale qui piège le regard.

Depuis dix-huit ans, Philippe Compagnon oriente avec une extrême cohérence son travail vers l’abstraction. Par delà l’abstraction géométrique, il fait une incursion dans l’illusion, dans une démarche qui vise à expérimenter la surface picturale pour dégager de nouvelles perspectives visuelles. Le jeu de la combinatoire, l’appétit ludique et le plaisir de travailler avec des couleurs vives et contrastées (déjà présentes dans ses anciens dessins) s’intensifient et débouchent vers de nouveaux modes de composition.

Avec une technique impeccable, Philippe Compagnon agrandit ses peintures, ouvrant un nouvel espace de jeu et d’interprétation. Conservant la régularité des traits et des ombres, il introduit le clair-obscur. Gardant l’alternance des verticales et des horizontales, il intensifie l’illusion de volume. Quittant les trames consistantes, il adopte les lignes courbes et légères pour insister sur les formes tubulaires. Des hachures noires font tourner les formes violemment colorées du tableau, augmentant l’effet de volume.

Ces peintures qui fonctionnent comme des gravures abstraites aux couleurs vives, hachurées de noirs crus et tranchants, déclinent leur combinatoire dans un espace plastique réduit sans jamais tomber dans la formule. Chaque tableau est à la fois totalement singulier et rigoureusement inscrit dans une structure plastique forte. Et c’est cette oscillation qui confère à l’œuvre sa totalité vive et son énergie.

Abstraite, structurée, voire à contre courant, cette peinture affirme la possibilité de dépasser le désordre, la confusion, le chaos quotidiens. „Elle n’impose pas un ordre, elle expose l’éventualité de multiples mises en ordre” (Gérard Durozoi). La grandeur des graphismes noirs et les choix des couleurs semblent vouloir affirmer une présence dans un monde de l’absence. Dans un espace improbable, sans repères, l’artiste révèle sa présence dégagée et ordonnatrice. Ses peintures provoquent le regard à dépasser les contours du visible pour aller se perdre dans le sans fond de l’invisible. Loin des évidences rapides, l’œuvre de Philippe Compagnon déstabilise, suscite une quête continuelle du sensible, tout en laissant transparaître l’autorité de l’expression. Ce faisant, elle brouille la conception ordinaire du visible et du pictural.

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